La fin de ce monde pour 2012

D’après les Mayas, le monde a été créé il y a 41 943 040 + 21 zéros ans et un changement radical se produira à l’échelle mondiale en 2012

« D’après les Mayas, le monde a été créé il y a 41 943 040 + 21 zéros ans et un changement radical se produira à l’échelle mondiale en 2012 », explique notre guide , lui-même un descendant des Mayas, au site archéologique de Chichén Itzá, au Mexique. « Le changement climatique annonce cette nouvelle ère », dit-il, visiblement inspiré par la conférence sur le climat qui se tient actuellement à Cancun, à environ 200 km d’ici.

Je travaille depuis peu de temps pour Caritas et ceci est mon premier voyage pour cette organisation. Je commence bien – de Rome où je travaille habituellement, je suis partie à Saly, au Sénégal, pour la conférence « Le visage féminin de la migration », et de là, je me suis rendue directement au sommet de Cancun. Arrivée à la fin de ce périple au bout de deux semaines, j’en profite pour visiter les vestiges des villes mayas de Tulum et de Chichén Itzá.

Il s’agit également de mes premiers voyages en Afrique et en Amérique latine. Les deux conférences étaient très différentes. De l’atmosphère familiale d’un village vacances sénégalais, où a eu lieu notre conférence suivie par une centaine de personnes provenant essentiellement des Caritas du monde entier, un endroit merveilleux qui a été épargné par le tourisme de masse pour le moment, je suis passée aux grands boulevards de Cancun, où un hôtel gigantesque a été construit après l’autre pour accueillir des touristes essentiellement nord-américains venus profiter de la mer turquoise et des plages de sable blanc.

Au Sénégal, nous nous connaissions tous plus ou moins à la fin des trois jours de conférence. A Cancun en revanche, l’ambiance est évidemment plus anonyme. Je reçois un bracelet en plastique qui m’identifie comme cliente de l’hôtel, un bracelet en tissu marqué «Face au changement climatique, sauvegardons la création», indiquant mon appartenance à la délégation de Caritas, et autour du cou, je porte mon badge de la CCNUCC qui me permet d’accéder au centre de conférence en tant que déléguée d’une ONG, privilège que n’ont pas les personnes « ordinaires » de la société civile, plus ou moins exclues de cette conférence.

Les thèmes des deux conférence sont liés. Beaucoup de migrantes sont des victimes de catastrophes naturelles provoquées par le changement climatique, me disait Merlie Mendoza, consultante de Caritas Manille avant son discours à la conférence de Saly. De même, il y a les migrantes qui fuient les conflits provoqués par une diminution des ressources naturelles due au changement climatique. Un autre facteur commun à ces deux événements est le fait que les pauvres sont en général les premières victimes des dysfonctionnements, qu’il s’agisse des conséquences du changement climatique ou d’autres facteurs qui poussent les femmes à migrer, et que Caritas s’engage pour faire entendre leur voix.

« Nous aidons des communautés rurales à construire un système d’alerte pour pouvoir réagir rapidement en cas de catastrophe naturelle. Beaucoup de villages ne bénéficiaient pas de ce type de protection avant », me raconte pendant notre visite de Chichén Itzá Wilfred Cervantes Rubio de Caritas Honduras, coordinateur d’un projet d’adaptation au changement climatique dans toutes les Caritas d’Amérique centrale. Hier à Tulum, j’ai appris que les Mayas avaient trouvé un mécanisme assez ingénieux, une sorte de tour qui fait siffler le vent en cas d’ouragan. Si même les Mayas disposaient de tels systèmes il y a plus de mille ans, comment se fait-il que nous n’arrivons toujours pas à protéger tout le monde aujourd’hui?

Les résultats du sommet de Cancun nous ont tout de même redonné espoir, même si l’avenir du protocole de Kyoto reste incertain. A la surprise générale, les 200 pays présents ont réussi à conclure un accord détaillant les mécanismes prévus pour lutter contre le changement climatique.

Le fond d’adaptation qui a été adopté – 100 milliards de dollars par an à destination des pays en développement à partir de 2020 – est susceptible d’améliorer les conditions de vie de millions de pauvres dans les pays en développement, y compris de cette agricultrice sénégalaise que j’ai rencontrée à Saly et qui lutte contre des sécheresses de plus en plus sévères dans son village d’origine. Reste à espérer que ces fonds lui arriveront à temps et que d’autres progrès seront réalisés dans un futur proche pour assurer les droits des plus pauvres et des migrants. Un système plus durable fondé sur la justice climatique et une société plus égalitaire qui donnerait plus d’opportunités et de droits aux migrants – et si elle consistait justement en cela, cette nouvelle ère que nous prédisent les Mayas ?

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