Le Sénégal, un carrefour de la migration en Afrique de l’Ouest

Fr Ambroise Tine, secretary general of Caritas Senegal; Martina Liebsch, head of policy for Caritas Internationalis and Huguette Senghor from Caritas Senegal. Credit: Caritas/Michelle Hough

Interview d’Abbé Ambroise Tine, Secrétaire général de Caritas Sénégal

 

Pourquoi la confédération Caritas Internationalis a-t-elle choisi de tenir cette conférence au Sénégal?

A.T. : Le Sénégal est un pays clé en matière de migration. Sur le plan historique, le Sénégal a été marqué par les départs forcés des esclaves vers l’Amérique, symbolisés par l’île de Gorée dont les vestiges nous rappellent cette partie de notre histoire. Aujourd’hui, le Sénégal est un pays important de départ et de transit pour les migrants. Ils viennent des autres pays de la région, de la Gambie, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Tchad etc., et transitent vers d’autres pays africains et l’Europe. Il est difficile de décrire ces flux de façon précise, la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest étant à la fois des pays de départ, de transit et d’arrivée.

La migration interne joue également un rôle important au Sénégal. Beaucoup de Sénégalais quittent la campagne pour s’installer dans les villes. La plupart du temps, ces migrants échouent dans les banlieues des grandes villes avec leurs espoirs déçus alors qu’ils rêvaient d’un travail et d’une vie meilleure. L’exemple de l’habitat illustre leur précarité. Au cours des dernières années s’est développé « l’habitat au rythme des usines ». Des personnes qui font les 3×8 à l’usine à différents moment de la journée se partagent un lit ou une habitation.

Nombreux d’entre eux tentent de partir à l’étranger. Alors que l’Union européenne a durci les conditions pour l’attribution de visas, plus de jeunes essaient de rejoindre l’Europe de manière illégale, sur une pirogue, cachés à l’intérieur d’un navire ou d’un camion ou bien avec des visas trafiqués.

La situation des femmes est particulièrement difficile. Quand elles vont travailler à l’étranger, elles sont souvent victimes de trafic humain et d’abus sexuels. On ne parle pas assez des migrantes internes au Sénégal alors que celles-ci sont également très vulnérables. Des jeunes femmes quittent leur village et partent dans les villes pour y piler le mil, travailler comme nounous ou comme domestique. Souvent, elles vivent un calvaire. Elles n’ont aucune assurance ou retraite, sont mal payés et souvent victimes d’abus sexuels dans les familles qui les emploient.

Cette conférence, qui  ne réunit pas seulement des experts et des chercheurs, mais surtout des personnes qui travaillent au quotidien avec  les migrantes, nous permettra d’échanger nos expériences.  J’espère qu’au niveau de la confédération Caritas, mais aussi de Caritas Afrique sur le plan régional, nous allons désormais davantage tenir compte de cette problématique dans nos axes stratégiques et nos programmes.

Quels types de projets mène Caritas Sénégal en matière de migration ?

A.T. : A Dakar, Caritas a un point d’accueil pour les migrants et les réfugiés. Les migrants y sont écoutés et nous les aidons de différentes façons. Nous leur fournissons de la nourriture ou un logement et nous nous occupons de la scolarisation des enfants  par exemple.

Avec nos Caritas sœurs d’Europe, nous avons mis en place un programme de réintégration des migrants qui voudraient rentrer au Sénégal. Nous les accompagnons et nous leur proposons des microcrédits pour démarrer une activité commerciale.

Nous faisons également un travail de prévention, notamment par des campagnes de sensibilisation aux risques dans les zones rurales. Les gens ne sont souvent pas conscients des risques et ont une vision irréaliste de ce qu’ils peuvent trouver en Europe.

Les jeunes voient les gens qui reviennent d’Europe et s’achètent de belles voitures, sont capables de prendre en charge leurs parents malades et l’éducation des enfants. Ceux qui parlent des risques et des mauvaises conditions de travail qu’ils ont connus en Europe ne se font pas écouter. On les soupçonne de mentir pour que d’autres personnes ne partent pas.  Et de toute façon, beaucoup de migrants ne parlent pas des problèmes pour ne pas se sentir humiliés. Ils ne vont pas raconter qu’ils balaient les rues en Europe malgré leurs capacités et qu’ils y sont mal payés et exploités.

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Filed under Africa, Français, Migration, Senegal

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